dimanche 28 avril 2013

Les rapports de Cluny et de l’art français médiéval pour les classes nouvelles


Comment faire comprendre aux cinquièmes nouvelles les rapports de Cluny et de l’art français médiéval, 

In L’information historique, n°1 janvier-février 1948, pp33-38.


 I- L'Ordre de Cluny

Ainsi désigne-t-on l'ordre bénédictin réformé à Cluny-sur-Grosne, en 910 : de nombreux disciples de saint Benoît d'Anisne (fondateur du célèbre couvent du Mont-Cassin, en Italie) avaient essaimé en Europe; mais, si tous ne se rallièrent pas à la réforme clunisienne, par contre, d'autres, après 1098, adoptèrent la règle cistercienne.

Dès le début d'une étude sur Cluny, il faut à partir du XIe siècle, clairement distinguer :
1- les couvents de Bénédictins ou de Bénédictines restés indépendants (Ex : La Chaise-Dieu), en opposition parfois avec les Clunisiens (Ex : Saint-Martin-d'Autun).
2- les couvents qui dépendent de Cluny;
3- les couvents cisterciens.
Le sujet ainsi délimité, il convient de déterminer les traits originaux de la règle clunisienne, surtout ceux qui nous aident à comprendre dans quelle mesure il y a art "clunisien" et comment on peut en déceler les caractères dans l'ensemble de l'art médiéval.
A- L'abbaye-mère, fondée par l'abbé Bernon en 910, dédiée aux saints Pierre et Paul est dans l'obédience directe du pape, exempte de toute autre autorité diocésaine. Dans cette seconde Rome, l'abbé de Cluny fait figure de monarque, indépendant des évêques : seul qualifié pour recevoir les vœux des moines ou des prieurs, il accueille à Cluny-sur-Grosne les oblats qui, au prix d'un voyage souvent long, toujours pénible, parfois dangereux, viennent entrer en contact direct avec leur chef hiérarchique. Rien d'étonnant que l'église de Cluny (fin XIe-début XIIe siècles) soit le plus vaste édifice religieux de la chrétienté, avant la construction au XVIe siècle seulement, de Saint-Pierre de Rome.
B- Cluny, abbaye-mère, commande à des "filles", réparties pour la France seule, en sept provinces. Chaque abbaye-fille a, comme chef, un prieur, contrôlé par des visiteurs, sortes d'inspecteurs, envoyés par  l'abbé. Les visiteurs remettent leurs rapports à des "définiteurs" dont les décisions réunies constituent une sorte de code de police intérieure. D'autre part certaines maisons, sans dépendre  directement de Cluny, sont en "union de dévotion" avec elle : telles Saint-Denis, Saint-Bénigne de Dijon, Marmoutiers. La tâche du Clunisien n'est-elle pas surtout la prière et particulièrement la prière pour le repos éternel des morts ? Afin d'obtenir le maximum d'efficacité, la liturgie exige un effort collectif. Aussi Cluny représente bien la tendance "catholique" par excellence : la recherche de l'union universelle. Les "filles" dirigent donc à leur tour d'autres "filles" : de Moissac dépendent quatre couvents, de la Charité cinquante, de Saint-Géraud-d'Aurillac soixante-cinq. Quelques prieurés rayonnent à l'étranger : Sainte-Foy-de-Conques essaime en Alsace, en Angleterre, en Italie ; Saint-Gilles-du-Gard en Italie, en Pologne et même en Scandinavie.
Cette constatation nous amène à faire une remarque importante : l'universalité de l'influence clunisienne crée, dans le domaine de l'art en particulier, une certaine confusion; On peut soit exagérer l'influence de l'ordre sur les caractères généraux de l'art roman,soit, au contraire, la réduire, faute de critères indiscutables.




A suivre...

Claude Lelièvre et les classes nouvelles


Et encore sur les classes nouvelles dans le Café pédagogique du 29 mars : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/03/29032013Article635001381064416077.aspx

Claude Lelièvre : Les ‘’classes nouvelles’’ : une innovation réussie interrompue… 

Claude Lelièvre nous envoie "une note sinon de pessimisme, du moins de perplexité, en ce moment de rassemblements printaniers dédiés à l’innovation"....

Le principal maître d’œuvre de ces ‘’classes nouvelles’’ a été Gustave Monod, ancien élève de l’école des Roches et directeur de l’enseignement du second degré de 1945 à 1949. Mais  ce directeur a délibérément favorisé aussi la tenue de nombreuses réunions de professeurs et d’inspecteurs engagés dans cette expérience pour qu’ils partagent et développent leurs innovations.. Et c’est ainsi que des professeurs de ces classes nouvelles développeront un outil nouvellement créé, à savoir les « Cahiers pédagogiques ».

La commission Langevin-Wallon préconisait l’ouverture de ‘’classes nouvelles’’. En octobre 1945, 200 ‘’classes nouvelles’’ de sixième ouvrent  dans les différents types d’établissement de l’époque (  à savoir lycées, collèges et cours complémentaires ). Ces ‘’classes nouvelles’’ englobent donc l’ensemble d’une sorte de premier cycle qu’elles structurent en deux années d’observation ( 6° et 5° ), suivie de deux années d’orientation progressive ( 4° et 3° ). Les lettres et les sciences ( assurées chacune par un professeur ) occupent la matinée. Les après-midis sont réservées  ( avec un horaire conséquent ) à la musique, aux arts plastiques, à l’éducation physique et à des travaux manuels éducatifs. Les effectifs sont réduits à 25 ; il y a de nombreuses séances en demi-classe et des activités dirigées ( deux heures d’abord, puis cinq heures par semaine ) au cours desquelles les élèves réalisent des travaux – mais aussi des devoirs – sous le regard de leurs professeurs. Cela s’accompagne également d’enquêtes et d’études de milieu, et du développement du travail en groupe. Appelés à travailler en équipe, les professeurs se réunissent chaque semaine en conseil de classe ( une heure à l’emploi du temps ). Lorsque Gustave Monod quitte la direction du second degré, 18 000 élèves se trouvent dans 750 ‘’classes nouvelles’’ regroupées dans 200 établissements. Une belle extension a donc eu lieu, avec succès.

Mais la poussée démographique et l’afflux des élèves dans le second degré font apparaître comme un luxe ces classes de 25 élèves et leurs conditions de fonctionnement particulières. Enfin et surtout, avec la mise sous l’éteignoir du plan Langevin-Wallon, cette tentative de démocratisation par le renouvellement pédagogique et structurel s’enlise. Une circulaire du 30 mai 1952 supprime en fait les "classes nouvelles" sous prétexte d’étendre leurs méthodes à toutes les classes. Et, en 1953 , les "classes nouvelles" fonctionnant dans les lycées sont transformées en "classes pilotes" qui donneront naissance  à des lycées dits "expérimentaux" (  et en définitive des exceptions isolées ). Ainsi va parfois le monde de l’innovation…

Claude Lelièvre

dimanche 24 février 2013

Les classes nouvelles 1946-1952

Je me permets de reprendre cette information tirée de Clioweb à propos des classes nouvelles, puisque par un effet du hasard les deux derniers articles publiés ici, tirés de "l'Information historique" et signés Madeleine Schnerb, portaient sur un cours en cinquième nouvelle.

"Les classes nouvelles 1946-1952


Hier après-midi, lors des journées de Caen, deux interventions sur les classes nouvelles
http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/cerse/6434

- Pour Antoine Savoye, l'invocation fréquente du plan Langevin-Wallon a probablement fait écran. Elle a fait oublier l'importance des classes nouvelles mises en place au collège entre 1946 et 1952, sous l'impulsion de Gustave Monod et de Jean Bayet. Une réalité qui a concerné au moins 18 000 élèves et environ 700 classes.

Dans celles-ci, les effectifs étaient limités à 25 élèves.
Une équipe de 3 profs volontaires (lettres, sciences, langues) était incitée à mettre en oeuvre une pédagogie active et à partir de l'observation attentive des élèves.
Souci d'une éducation intégrale, les travaux manuels, l'EPS et les arts complétant les disciplines classiques. L'étude du milieu y semble une des innovations majeures."

vendredi 22 février 2013

La question d’Orient au Moyen Age dans une cinquième nouvelle (suite)

 suite de l'article sur "comment étudier dans une Cinquième nouvelle la question d'Orient au Moyen âge" ...

 NOTE
 I- Comment finit l'Empire universel

A) Après le partage de l'Empire romain, au moment des invasions barbares, l'Empire d'Orient travaille à se rendre indépendant :
a) Il expulse les milices barbares gothiques (Theodoric, chef des Goths, évacue la Mésie en 488, après avoir reconquis l'Italie. Cf. la faiblesse de l'Empire d'occident qui, lui, ne peut se défaire de ses barbares).
b) Il lutte héroïquement contre les Huns qui se heurtent à la grande muraille de Constantinople et refluent ver l'Occident.
c) Il renonce à l'Empire d'Occident (Cf. Rapports avec les Rois francs).
d) Il abandonne l'Afrique devant l'habileté cauteleuse de Genséric, Roi des Vandales.

B) Les conquêtes de Justinien (se reporter au manuel, très suffisant).

C) Maintien des frontière justiniennes par ses successeurs Maurice et Tibère. Mais déjà, dualité de préoccupations (Perse et Occident). Une diplomatie active réussit à neutraliser les Lombards, contre qui les Rois francs s'emploient ; au VIIe siècle, Héraclius, grand stratège, réussit, par un mouvement aussi audacieux que celui d'Annibal contre Rome, à porter la guerre au cœur de la puissance perse Sassanide.

D) La poussée arabe (bien exposée dans les livres de classe) compromet définitivement l'Empire Universel dont l'existence est liée à la possession de l’Égypte : dès lors, l'Empire Byzantin est réduit à son domaine géographique (lire comment Constantinople est sauvée de la conquêt arabe par l'utilisation du feu grégeois, ancêtre de l'artillerie ; BREHIER, p 62, 63).



II- L'Empire Hellénique
Il correspond à, peu près au domaine géographique dont le foyer est Constantinople, qui a une langue (le grec) et une religion. Plus réduit, il a l'avantage de bénéficier de lignes intérieures pour assurer sa défense.
A) Le VIIIe siècle est marqué par une défensive heureuse contre les Arabes grâce à l'appui arménien ; mais les Bulgares franchissent les Balkans ; surtout le couronnement de Charlemagne est un gros échec pour Byzance dont la diplomatie n'obtient aucune compensation.

B) Au début du IX e siècle, la défensive échoue aussi bien du côté des Bulgares qui ne sont repoussés que sous les murs de la capitale, tandis que les pirates scandinaves, sarrazins et narentans infestent les mers.

C) A la fin du IX e siècle, la défense réussit, grâce à l'appui du pape, qui ne compte plus sur les Carolingiens (faiblesse de Charles le Chauve) ;
à la conversion de peuples slaves (Moraves, Bulgares) par Méthode ;
à la décomposition du califat abbasside d'orient;
à l'alliance avec les Magyars qui prennent à revers les Bulgares ;
à la résistance efficace de Constantinople, attaquée par la flotte russe du Prince Igor (941).

D) L'épopée byzantine du Xe au XIe siècle, sous les règnes de Constantin Porphyrogénète, Romain II, Nicéphore Phocas, Basile II, se développe sur quatre théâtres :
a) Sur le Danube, un traité avec les Hongrois permet la conquête de la Bulgarie ;
b) En Méditerranée orientale, les Etats arabes isolés, la Crête est reprise aux pirates, la Syrie, l'Arménie sont conquises ;
c) En Mésopotamie, les troupes byzantines sont victorieuses;
d) En Italie, Venise devient, après le couronnement du Roi Germanique Otton comme Empereur, en 962, l'allié de Byzance ;
Enfin, la Russie est convertie au christianisme.

E) L'expansion prend fin : devant l'invasion russe (la Russie, devenue chrétienne et plus puissante, se retourne comme jadis la Bulgarie contre Byzance); devant la menace Petchénègue, peuple turc qui apparait sur le Danube, tandis que les Turcs Seldjoukides encore contenus deviennent menaçants en Asie Mineure, et que les Normands et Robert Guiscard prennent l'Italie byzantine ; avec le schisme de 1054, l'Italie échappe complètement à l'emprise de Byzance.

 F) Déclin et chute.
a) Démembrement au XI e siècle : d'abord l'Empire perd ses possessions extérieures : l'Arménie, la Mésopotamie, l'Italie (Robert Guiscard prend Bari et Palerme); puis il est envahi : en Asie Mineure, en Syrie, sur la frontière du Danube.
b) Tentative de redressement, grâce aux Comnènes (début du XIIe siècle). La politique de bascule réussit d'abord en profitant de l'opposition entre les Normands et les Républiques italiennes, entre les Empereurs germaniques et le Pape ; un essai de rapprochement avec les Chrétiens d'Occident contre le danger Pétchénègue ne va pas sans malentendus, car les Byzantins voient dans les Chrétiens d'Occident des mercenaires possibles, tandis que  ces derniers considèrent Byzance comme une terre de colonisation : ceci prépare les conditions favorables au détournement de la IV e croisade.
C) La chuter d e1204 semble inévitable, car l'Empire est environné d'ennemis (les empereurs germaniques, le Roi de Sicile, Saladin en Égypte et en Syrie musulmane, le nouvel État valacho-bulgare). A l'occasion du récit de la IVe croisade, dont on trouve tous les éléments dans les manuels, il convient de montrer comment cet épisode est mieux connu que d'autres, à cause de témoignage exceptionnel, comme celui de Villehardouin, suspect de partialité, mais pittoresque et de grande valeur littéraire....


Madeleine Schnerb

p 160-162 In L’information historique, n°4 juillet-octobre 1947.







dimanche 17 février 2013

La question d’Orient au Moyen Age dans une cinquième nouvelle

Expériences pédagogiques 

Comment étudier dans une cinquième nouvelle la question d’Orient au Moyen Age

1- Intérêt de cette étude

A) Elle doit exercer l'esprit critique : en effet, si ce problème ne figure pas explicitement au programme, il peut être examiné de manière à montrer à des élèves de cinquième nouvelle que le libellé d'un programme laisse toujours des questions dans l'ombre ; qu'en particulier l'histoire qu'on enseigne en France, est souvent, même si elle se prétend "générale", plus ou moins subordonnée à "l'Histoire de France" traditionnelle ; qu'ainsi la question d’Orient est comprise selon une perspective qui en fausse les données réelles (on peut faire une comparaison avec les cartes géographiques qui diffèrent selon qu'elles sont centrées autour d'un pays ou d'un autre). Les élèves pourront exercer leur curiosité en recherchant dans les chapitres du manuel, consacrés aux Arabes et aux Croisades, ce qu'est devenu l'Empire Byzantin, Empire qui ne bénéficie d'un développement que pour le règne de Justinien (cette dernière limitation dans le temps peut donner des idées erronées, d'autant plus que, tout en laissant supposer que le règne de Justinien est sans lendemain, certains livres de classe font, plus loin, chemin faisant, allusion à un Empire byzantin encore bien vivant six et même huit siècles plus tard).

B) Cette étude peut conduire à d'utiles rapprochements : sans doute ne faut-il pas systématiser une méthode qui risque d'engendrer des anachronismes fâcheux ; cependant, certaines données géographiques permanentes placent, à toutes les époques historiques, et avec des variantes, les gouvernements en face des mêmes problèmes.
Ainsi "l'homme malade" du XIXe siècle (l'Empire Ottoman) se trouvera en face de difficultés analogues à celles qui amenèrent la chute de l'Empire byzantin au XVe siècle (1)

 Quelles sont les données permanentes ?

a) La position-clef des Détroits : carrefour de deux routes maritimes et de deux routes terrestres importantes auxquelles s'ajoutent d'autres lignes secondaires (cf. Bréhier, pp. 4 et 5).
La puissance maîtresse des Détroits est donc obligée d'avoir une force maritime ce qui l'amène à entrer en conflit avec les autres puissances maritimes ou à en rechercher l'appui (Gênes et Venise au Moyen âge; l'Angleterre au XIXe siècle).

b) Le cadre géographique : Les frontières de la puissance qui tient les Détroits sont étendues et assez difficiles à défendre :
- en bordure du Danube, il convient de résister aux poussées des peuples du Nord (Germains, Slaves) ;
- aux confins de l'Adriatique, la possession de la côte dalmate peut entraîner des conflits avec Venise et l'Italie ;
- au Nord-Est, le contact avec la masse eurasiatique oblige à une résistance permanente contre les Russes surtout, qui marchent en direction du Bosphore (exemple : le prince Igor, devant Constantinople au Xe siècle, est un précurseur);
- au Sud-Est, en Asie Mineure, l’Empire des Détroits est en rapport avec des peuples nomades d'Asie, qui sont en marche, les uns après les autres et qui, à mesure qu'ils se fixent, sont menacés à leur tour par d'autres peuples en mouvement (Arabes, Turcs, Mongols).

Dans ces conditions, la puissance qui domine les Détroits doit posséder une force terrestre considérable pour maintenir ses frontières intactes.

c) La multiplicité des fronts, facteur de faiblesse, ne peut être compensée que par une diplomatie active : c'est l'occasion de comprendre, au moins en gros, les lignes directrices de la diplomatie médiévale. Dans ce domaine, il peut être intéressant
1- d'insister sur la personnalité de certains Empereurs de valeur qui jouent à Byzance un rôle décisif (on pourra, si possible, faire des rapprochements avec des Sultans des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Tous ceux qui savent éviter de se battre sur plusieurs fronts, qui savent tirer parti des divisions de leurs adversaires, qui réussirent, grâce à leurs alliances, à prendre leurs voisins à revers, qui peuvent pratiquer une politique de bascule, et tomber dans la duplicité, qui monnaient adroitement les reculs nécessaires, ceux-là retardent l'échéance fatale. Dans les indications que nous donnons plus loin, on trouvera les noms des Empereurs les plus remarquables, et grâce à l'index qui figure à la fin du volume de M. Bréhier, on pourra retracer les portraits et l'action des plus caractéristiques.

2- De reprendre, du point de vue de la question d'Orient, l'étude de la politique des papes, qui préfèrent d'abord les Carolingiens aux Byzantins, puis se rapprochent de Byzance quand Charles le Chauve est trop faible pour endiguer la poussée lombarde qui se brouillent ensuite avec le Basileus, au moment du schisme de 1054, qui travaillent à prêcher une croisade commune contre les Petchénègues, puis les Turcs, chaque fois que le saint-Siège peut espérer une union des églises.

3. De suivre l'histoire instructive à tant d'égards d'une thalassocratie comme Venise.

d) Les ressources de l'Empire doivent être suffisantes pour permettre d'entretenir une flotte et une armée puissantes : c'est ici le moment d'étudier la géographie du pays. Si les richesses naturelles ne sont pas assez abondantes, il faut y suppléer par le commerce ; on en revient à la question fondamentale déjà posée : quel est le maître de la mer ? En plus, l'Empire a besoin d'un ravitaillement suffisant : de là l'importance de la question égyptienne, depuis l'époque romaine jusqu'au XIXe siècle : qui veut l'hégémonie en Méditerranée doit dominer l’Égypte, la terre à blé.

II-  Méthode

Deux équipes organisées pour le travail peuvent se partager ainsi des tâches très variées :

A) Confection de cartes de la Méditerranée jusqu'aux confins du Danube pour déterminer le cadre géographique, les routes, les frontières ou marches. Ces cartes peuvent s'inspirer des manuels en usage qui tous plus ou moins contiennent des croquis du monde méditerranéen au temps de Justinien, à l’époque des Croisades et vers 1453. Le livre de M. Bréhier fournit d'utiles compléments (voir les dépliants à la fin du volume).

 

B) Confection de tableaux synchroniques grâce aux chapitres des manuels consacrés aux Barbares et au partage de l'Empire Romain, à Justinien, aux Vénitiens, aux Croisades et même à l'Empire Germanique et à la Papauté.
Bien entendu, il ne s'agit nullement de faire apprendre aux enfants tous les faits contenus  dans ces tableaux (faits dont nous donnerons l'essentiel en cours mais on voudrait leur faire comprendre l'interdépendance des événements, car chaque mouvement de contraction de l'Empire Byzantin correspond à une poussée de ses voisins, chaque succès de l'Empire d'Occident (Couronnement de Charlemagne, d'Otton le Grand) marque un recul pour l'Empire d'Orient : au contraire celui-ci profite des faiblesses et des dissensions de ses adversaires pour occuper un cadre géographique et même pour le déborder. Si possible pratiquement, ces tableaux permettent une révision de toute l'histoire du Moyen âge, du point de vue diplomatique et militaire. Ce peut être une occasion de souligner l'interpénétration des événements contemporains, à l'échelle mondiale, le monde du Moyen âge limité à la Méditerranée, étant aussi vaste que le monde actuel qui va jusqu'à l'Extrême Orient et aux pôles, si l'on tient compte du raccourcissement des distances avec le progrès de la vitesse.

C) Exposés consistant en :

1- Portraits d'Empereurs : analyse des grandes lignes de leur politique, de leurs difficultés, de leurs succès, de leurs revers. Malheureusement, les manuels ne fournissent de renseignements que sur Justinien et Theodora ; les autres souverains d'Orient ne sont que cités : or, il faut, à tout prix, que les noms historiques correspondent à quelque chose de vivant ; énumérer des noms, ce n'est qu'érudition ; au contraire, rendre familiers des personnages, c'est prendre contact avec la vie ; à cet égard, il sera précieux, en se reportant à la table analytique du livre de M. Bréhier, d'évoquer les images si vivantes de Constantin Porphyrogénète, d'Irène, de Michel VIII Paléologue, d'Alexis Comnène.

2- Études schématiques de la diplomatie de quelques puissances : celle de la papauté, de Gênes, de Venise, des Carolingiens et des Rois de France dans leurs rapports avec l'Orient.

3- Examen de l'avance ou du recul de certains peuples : les Goths, les Huns - particulièrement puissants, les Vandales, les Avars, les Gépides, les Lombards, les Maures, les Perses sassanides, les Arabes surtout, les Slaves, les Bulgares ; puis les Magyars, les Petchénègues, les Turcs Seldjoukides, les Normands et tous les pirates méditerranéens, les Mongols, enfin les Ottomans ; ce genre d'étude s'appuiera sur des cartes ethniques. Ici, comme pour les portraits, il vaut mieux choisir et faire vivant que de constituer des énumérations complètes. Les indications que nous donnons ne sont nullement destinées à devenir matière à apprendre, mais ont simplement pour but de donner un cadre au professeur.

4- Récits tirés d'épisodes pittoresques : Héraclius et sa marche héroïque contre la Perse ; Constantinople sauvée par le feu grégeois ; la flotte du Prince Igor ; les bandes catalanes, etc.

(à suivre)




(1) : On se reportera au livre magistral de M. Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance (Paris, Albin Michel, Bibliothèque de Synthèse historique, 1947.)
Madeleine Schnerb


pp. 160-162 In L’information historique, n°4 juillet-octobre 1947.



samedi 16 février 2013

16 février 1929


 Il y a 84 ans, le 16 février 1929, Madeleine mettait au monde son premier enfant, une petite fille.


Le bébé a 3 mois, la maman 28 ans.

samedi 12 janvier 2013

Promenade dans le Paris de Louis XIV


Une heure de classe avec les élèves du 1er degré

 

Promenade dans le Paris de Louis XIV, au temps de Colbert


A peine l’aurore éclaire-t-elle vaguement le ciel que Triphon est arraché au sommeil par des coqs qui chantent dans les enclos du voisinage. Il loge, en effet, à la troisième « chambre », c’est-à-dire au troisième étage d’une maison étroite, aux poutres apparentes, de la rue Boutebrie, proche de l’église Saint-Séverin. En ouvrant sa croisée, Triphon plonge les yeux chez son voisin d’en face et, si celui-ci était réveillé, il pourrait lui serrer la main, car la distance est très faible entre les deux maisons, à cette hauteur. Un marchand d’eau-de-vie vient crier : « La vie, la vie, à un sou le petit verre ! » et s’installe au coin de la rue, avec une lanterne pour s’éclairer. Il étale alors des boissons tentatrices et des jeux de cartes. Mais quelles sont ces vociférations ? Là-bas, un dormeur interrompu vient de lancer de l’eau, véritable celle-là, sur la tête de l’homme, et ils échangent des injures. En vérité, c’est du gaspillage de jeter ainsi du précieux liquide par la fenêtre : ne disait-on pas hier que la Fontaine Médicis était tarie ? La pompe de Notre-Dame est bien loin et la fontaine de la Maubuée (mauvaise lessive), on se presse pendant des heures.

Extrait du Plan de Bullet et Blondel 1676 où l'on voit en haut à gauche Saint-Séverin et en bas à droite le Palais-Royal, soit les deux bornes de la promenade de Triphon

Mais Triphon se réjouit, car voilà les laitières : « A mon bon lait chaud ! », et les boulangers de Gonesse qui apportent de beaux pains dorés. En se penchant un peu, il aperçoit le marchand de café avec son éventaire chargé d’ustensiles : d’une main il tient une cafetière, de l’autre une petite fontaine d’eau, Triphon lui fait signe : pour quatre sous, il reçoit chez lui une tasse de ce délicieux breuvage qui commence à être à la mode, mais reste cher.

Maintenant la rue s’emplit de cris stridents. Ce sont les harengères : « Harengs saurets appétissants », le pâtissier : « Petits choux chauds, tout chauds... Beurre frais, beurre de Vanves... Sauce blanche ! Sauce verte ! Sauce au miel ! Sauce à l’ail !... » Et à la cantonade, on entend : « Vin de Suresnes, vin de Montmartre... Verjus, vert verjus !... Fromage de Brie, fromage d’Auvergne. » L’eau en vient à la bouche.

Habillé d’une culotte courte, d’une veste ornée de belle passementerie, les cheveux bien peignés tombant sur les épaules, Triphon descend ; il veut faire une longue promenade dans Paris. Mais quel tintamarre ! Ici un vendeur de tisane l’assourdit à lui présenter un breuvage qui serait appétissant si Triphon n’avait déjà absorbé son café matinal ; ce vendeur de tisane s’est orné d’un superbe bonnet à plume, mais Triphon reste insensible à ce plumage, comme à ce ramage, et le malheureux marchand tend en vain deux gobelets qu’il vient de détacher de sa ceinture en répétant : « A la fraîche, à la fraîche... Deux coups pour un liard. » Avec peine Triphon se dégage, mais il est aussitôt après assailli par le marchand de maletache qui se vante de faire disparaître toutes les tâches... Plus loin il rencontre le destructeur de poux auquel il n’échappe qu’en descendant au plus vite la rue de la Parcheminerie. Ici un autre danger apparaît : la boue ; car la pluie nocturne, propice au remplissage des fontaines, a fait grossir le ruisseau nauséabond qui court au milieu ; et se réfugier sur les bords n’est guère prudent à cette heure matinale, où les ménagères lancent par la fenêtre beaucoup de choses indésirables. Quelques dames, en cotillons courts et souliers plats circulent alertes, allant aux provisions ; elles ne sont pas farouches si quelque gars complaisant les soulève pour leur permettre de franchir le ruisseau ; cela ne va pas d’ailleurs sans échange de quolibets. Dans la rue voisine, un Savoyard ingénieux loue de petits ponts à roulettes, pour trois deniers. Triphon se rapproche de la Seine, satisfait de voir le progrès accompli dans le pavage des rues. Mais la foule se fait encore plus dense : il lui faut jouer des coudes ; les ouvriers se rendent de leur travail chargés de lourds madriers ; un ramoneur, tout de noir barbouillé, crie : « Ramone la cheminée de haut en bas ! », tandis qu’un peu galant marchand [...] s’efforce de dominer la voix enfantine « battez vos femmes, rossez vos habits pour un sou ! ».
Plan de Mérian 1615
Voici notre homme sur le quai : des bateliers chargent des pierres à bâtir. Laissant la Cité à sa droite, Triphon se dirige vers le Pont-neuf où il compte s’ébaudir des mille tours des charlatans. Le Pont-neuf est [très] attrayant [...] car il a ceci de nouveau qu’aucune maison n’y est bâtie et qu’on voit la Seine à droite et à gauche. Des barques occupent les demi-lunes sous les murs du pont. Triphon regrette que Tabarin soit mort. Tabarin dont la réputation était incomparable mais ce célèbre charlatan a des émules ... Cependant, est-ce de mauvais augure ? Voilà que s’avance un être affreux, à la jambe de bois, au pourpoint troué, orné d’arabesques qui ne sont que des cadavres de rats! Dieu soit loué ! Ce n’est qu’un marchand de mort-aux-rats, et la flamberge qu’il tient n’est pas destinée aux humains ! Mais quelle est cette musique ? un véritable concert d’instruments qui étouffe les cris des victimes de l’arracheur de dents! Les malheureux, à qui une sorte de tenaille vient d’enlever une ou deux molaires, se tiennent la main pour atténuer leur souffrance, un mouchoir dans la bouche. Ils n’ont pas le cœur à se laisser tenter par les crieurs de vin : « Gentil vin blanc ... », pas plus que les malheureuses édentées par un marchand ambulant :

« J’ai les mignonnes ceinturettes
J’ai les beaux gants à damoiselettes
J’ai les aiguilles chasnelées
J’ai chaînettes et de fer belles...»

Ce colporteur d’ABC et de belles Heures inquiètent quelque peu Triphon, qui craint pour sa bourse et hâte le pas, pour tomber malencontreusement sur une armée de mendiants, lesquels surgissent de tous les coins, boiteux et aveugles, vrais ou faux. Et voici le fameux Orphée du Pont-Neuf :

« O puissance divine
Qui veillez sur nos jours
Conservez-nous toujours
La cave et la cuisine.»

Cet Orphée est plutôt Silène !

Triphon ne se lasse pas de flâner sur le Pont-Neuf. Il regarde les images pendues devant les échoppes ; celle du Juif errant, gravée par Le Blond avec cette légende retient un moment son regard :

« Je suis errant à tout jamais
Mon allure est continuée
Je n’auray ny repos ni pais
Jusques à cette grande journée.
Que le Rédempteur des humains
Jugera l’œuvre de ses mains.
En Syon jay prins ma naissance
Jay veu le sauveur en tourments
De luy jay receu ma sentence
Qui me remplit destonnements
Lorsqu’il m’enjoignit cheminer
Sans pouvoir ma course borner. »

Le père Lustucru a une figure fort plaisante (c’est peut-être l’eusses-tu-cru?). Il prétend avoir un secret admirable, rapporté de Madagascar, pour reforger et remplir, sans mal ni douleur, les testes des femmes acariâtres, ligeardes, criardes, dyablesses, enragées, fantasques, glorieuses, hargneuses, insupportables, sottes, volontaires et qui ont d’autres incommodités, le tout à prix raisonnable, ceux riches pour de l’argent et ceux pauvres gratis. Mais l’image qui correspond à la légende représente une malheureuse femme, la tête sur une enclume et que Lustucru guérit à l’aide d’un marteau et de tenailles. En dépit de ce « secret », Triphon se félicite de ne pas avoir pris femme.

Assez contemplé d’images ! Voici le théâtre en plein air sur des tréteaux. On joue la farce des trois Bossus ; Triphon l’a déjà souvent vu représenter, mais s’en réjouit toujours. Il arrive au moment où la femme qui a épousé un bossu veut se débarrasser de ses beaux-parents également bossus, en les faisant noyer... Chaque fois que l’homme, qui s’est chargé de l’exécution, revient, elle lui fait croire que le bossu qu’il a cru noyer est revenu... Et la foule de rire et de rire ...

 

Triphon s’arrache au spectacle pour continuer son chemin. Il passe devant la pompe de la Samaritaine qui élève pour tout le quartier l’eau de la Seine. Ici, dans ce quartier de la rive droite, il croise des élégantes dont le visage se dissimule sous les masques et qui se font porter en vinaigrettes. Utile précaution ! La boue est encore plus épaisse que de l’autre côté de la Seine et la sécurité laisse à désirer. N’y a t-il pas eu dernièrement des malfaiteurs assez audacieux pour attaquer le guet venu au secours de promeneurs menacés ? Les femmes portent à leur bouche des mouchoirs parfumés pour se préserver des odeurs de fumier : le Roi certes a interdit aux Parisiens de laisser leurs ordures devant leurs portes, mais l’édit n’a pas été observé. Près des abattoirs, la puanteur est insupportable ! Ne prétend-on pas que des gens conservent toutes sortes d’immondices pour élever des cochons ? Aussi la boue de Paris est-elle plus sale que celle de la campagne. Pourquoi donc s’étonner que le Roi ne tienne pas à demeurer ici ? Le Vau a sans doute aménagé les Tuileries qui sont bien plus agréables que le Louvre, avec leurs jardins et leurs promenades; mais c’est mieux encore à Saint Germain.

Tout en songeant, Triphon arrive à la Colonnade du Louvre, encore dissimilée derrière les échafaudages et constate que les travaux se prolongent de manière exagérée. Sans doute néglige-t-on ce monument en faveur de Versailles ? Perrault (1) est pourtant un architecte habile et les rampants du fronton, que Triphon a le plaisir de voir poser, ont une belle ligne : quel contraste, à ses yeux avec l’allure barbare de Saint-Germain-L’auxerrois !

Triphon s’aperçoit que sa promenade à travers Paris lui a donné faim et soif. Aussi avise-t-il une baraque où il trouve tout ce qu’il désire et il décide, dûment lesté, de se glisser au parterre du Palais-Royal ; c’est mardi : Molière donne les Fourberies de Scapin et fait rire autant qu’au Pont-neuf ! Triphon n’est pas déçu, il s’amuse fort quand Géronte est enfermé dans le sac et reçoit force coups de bâton. Quelques beaux messieurs font la moue du haut de la scène et regardent le parterre d’un air de mépris. L’un d’eux tourne le dos aux acteurs et regarde vers le bas, en disant : « Ris donc, parterre, ris donc... » C’est égal : Molière reste inimitable ! et certains gentilshommes, assis sur la scène, se laissent aller à la joie.
 
Triphon, au sortir du spectacle, repousse les offres de porteurs de falot qui lui proposent bruyamment de l’accompagner de leur lumière jusqu’à son domicile. Il pense n’avoir pas besoin de leurs services pour monter chez lui et allumer sa chandelle : souvent ces gens se mettent d’accord avec les voleurs et l’on ne s’en débarrasse pas sans perte. D’ailleurs le lieutenant de police La Reynie vient de faire installer les lanternes dans les rues : il y en a dit-on, 6500 dans Paris. Triphon s’en félicite : il économisera peut-être 20 sols, car les flambeaux de cire jaune descendraient vite pour le ramener jusque sur la lointaine rive gauche ; les porte-lanternes, eux, retourneraient plusieurs fois leur sablier avant d’arriver rue Boutebrie, et le quart d’heure de lampe à huile ne coûte pas moins de 3 sols. Quatre fois 3 sols, c’est presque le prix de la représentation des Fourberies de Scapin ! En tout cas, Triphon se croit assez riche pour s’offrir des oublies. Ces sortes de galettes, jadis fabriquées comme des hosties, étaient destinées à obtenir des indulgences ; à présent, elles sont vendues par des oublieux qu’il faut peut-être se garder d’introduire chez soi, car eux-aussi, volontiers d’accord avec des larrons, se chargent d’inspecter les aîtres, tandis qu’ils s’attablent avec vous pour jouer aux cartes ; le lendemain, vous avez parfois des visiteurs dangereux.

Tout en mangeant ses oublies, Triphon se dirige vers le fleuve : il veille à ne pas se crotter, à marcher au milieu de la chaussée pour ne rien recevoir des fenêtres ; il évite la querelle d’un quelconque buveur, furieux, sorti d’une boutique d’un vendeur d’eau-de-vie, où il aura ingurgité par trop d’ipotecque (2). Arrivé vers le Louvre, Triphon respire : la sonnette nocturne avertit les bourgeois de lâcher la corde pour que les chandelles soient allumées dans les lanternes. « Vive La Reynie ! Vive Paris, la ville-lumière ! que les étrangers nous envient ! » Ainsi pense Triphon, tandis qu’il traverse le Pont-Neuf désert et retrouve sa chère Rive gauche.

Madeleine Schnerb 


1- C’est le frère du célèbre auteur de Contes.
2- Ipotecque : boisson fermentée en vogue à l’époque
3- Le lieutenant de police La Reynie faisait éclairer Paris par des lanternes suspendues par des cordes à travers les rues. Au coup de sonnette les bourgeois des maisons où les lanternes s’accrochaient devaient éclairer les chandelles, les placer dans les lanternes, lâcher la corde de sorte que les lanternes se trouvent à égale distance des deux côtés de la rue.

L’information historique, n°2 mars-avril 1947. pp76-77.
Les plans sont tirés de : http://perso.numericable.fr/parisbal/plans/Plansanciens.html (merci)

samedi 22 décembre 2012

Comment préparer et effectuer la visite d'une Église

 

Comment préparer et effectuer la visite d'une Église (en 1946)

 1- Préparation de la visite

a- Etude sommaire des caractères distinctifs du style roman et du style gothique à l'aide de manuels.

b- Définition de mots techniques, à l'aide de dictionnaires illustrés, de croquis simples et de cartes postales.
Ainsi : pour comprendre ce qu'est un portail, l'élève doit se familiariser avec le sens des mots : linteau, tympan, trumeau, voussure, pied-droit.

c- Dessin d'un plan du monument en distinguant les différentes époques de la construction par des couleurs (Exemple : plans de la cathédrale de Chartres dans la monographie éditée chez Laurens, sous la direction de LEFEVRE-PONTALIS).
Voir s'il y a eu restauration et, dans ce cas, expliquer en quoi elle a consisté.

d- Examen des grands thèmes iconographiques du Moyen âge. Le professeur doit se reporter aux travaux d'Emile Mâle et les élèves pourront utiliser des Histoires saintes qui leur fourniront des indications sur la Genèse, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, Saint Jean-Baptiste, le Jugement dernier, etc., etc. Il y aurait lieu d'insister plus ou moins selon la richesse des monuments.

e- Les visiteurs se muniront, non seulement du matériel nécessaire pour faire quelques croquis sur place, mais de cartes postales judicieusement choisies aux fins de comparaison.

2- La visite

Regard préliminaire sur le site, le quartier, l'orientation.
a- Devant l'ensemble de la façade.
Est-elle romane ou gothique ? Si elle est romane, est-elle simple ou ornée ? A quel groupe se rattache-telle ?
Y a-t-il une galerie au-dessus du portail ? une rose ? des tours ? des flèches ? Les flèches sont-elles de la même époque ?

b-Devant le ou les portails.
Y a t-il un ou plusieurs portails ? pourquoi ? est-ce en rapport avec le plan d'ensemble ?
Quelle est la disposition générale ? (trumeau, tympan, linteau, etc.).
Y a-t-il eu des mutilations ? Quand ? Par qui ? une restauration ? Par qui ?
Quels sont les sujets traités ? Le même sujet est-il traité dans d'autres monuments ? (se reporter aux cartes postales illustrées).
Cette statuaire fait-elle corps avec le monument ? ou pourrait-elle en être détachée ?
Le sculpteur est-il gauche encore ou en pleine possession de ses moyens ? Le connait-on ?

c- En faisant le tour du monument.
Quel est le plan général ? La croix est-elle visible du dehors ? Y a-t-il une toiture ou des coupoles ? Y a -t-il un clocher ?
Le chevet est-il d'un seul corps ou composé de plusieurs chapelles à toitures indépendantes ?
Y a-t-il des contreforts et pourquoi ? Est-ce en rapport avec la hauteur de l'église, avec la poussée des voûtes ?
Voit-on des arcs-boutants ? des gargouilles ? des chimères ? L'architecte a-t-il su en tirer un effet décoratif ? A-t-il tiré parti des matériaux pour un effet d'art ?
L'église a-t-elle été fortifiée ? Si oui, pourquoi ?
Dans quelle mesure la construction a-t-elle été gênée ou favorisée par la disposition du terrain ?

d- En regardant les portails latéraux.
Sont-ils comparables aux portails de l'entrée ? Plus riches ou plus modestes ? Postérieurs ou antérieurs ? Traitent-ils des mêmes thèmes ? En comparer les styles et la facture. (Exemple : la Vierge est-elle plus humaine ? le réalisme plus accentué ?)

e- En pénétrant dans l'église par la façade.
Y a-t-il un narthex ?
Est-il fermé ? vaste ? pourquoi ? Avez-vous, en entrant dans la nef, une impression de clarté ? Cette impression est-elle en rapport avec le style de l'église ? La nef s'élance-t-elle ? La grandeur l'emporte-t-elle sur l'intimité ? Pourquoi ?
Y a-t-il une tribune au-dessus des bas-côtés ou un triforium ? A quoi servait-il ?
La voûte est-elle en plein cintre ? à coupoles ? à arc brisé ? à ogives ?
f- En circulant à l'intérieur de l'église.
Y a-t-il des bas-côtés ? Combien ? Un déambulatoire ? Des chapelles rayonnantes autour du choeur ? Le choeur est-il au même niveau que la nef ? En est-il séparé ou non par un jubé ? De quelle époque date la séparation ?
Y a-t-il des colonnes ou des piliers ? Sont-ils masifs ou délicats ?
La croisée du transept est-elle surmontée d'une coupole ?
Voit-on des arcs-doubleaux ? Quel est leur rôle ?
Les chapiteuax sont-ils monumentaux ? S'il n'y en a pas, en déduire l'âge de l'édifice.
S'ils sont historiés, en étudier l'iconographie. Sont-ils au contraire, purement décoratifs ? Etudier alors l'influence des tissus orientaux (art roman) ou examiner l'épanouissement plus ou moins marqué des feuilles de choux (art gothique).
Observe-t-on un tour de choeur sculpté ? Est-il contemporain de l'église ? Y a-t-il un jubé ? A quelle préoccupation a répondu cette addition ?
Y a-t-il des fresques ? Est-ce fréquent ? quand les murs des églises étaient-ils colorés ?
Y a-t-il des vitraux ?Peut-on les dater d'après la technique et leur style ? lesquels sont les plus beaux ? que révèlent-ils du sentiment religieux, des préoccupations et en général de la vie ? Sont-ils vraiment la Bible du pauvre ? Jouent-ils le même rôle que les chapiteaux historiés ?
L'église possède-t-elle des meubles (chaire, stèles) dignes de remarque ? De quelle époque ?
L'esprit satirique se manifeste-t-il ? Où ?

3- Exercices récapitulatifs

Faire exécuter :
a- des coupes transversales à travers l'édifice, à la hauteur du choeur, des bas-côtés et des arcs-boutants ;
b- des schémas de la façade, des portails.

Reconstituer la promenade à l'aide des cartes illustrées, accompagnées d'un commentaire.
Etablir des comparaisons avec d'autres monuments connus.
Faire rédiger des essais soit descriptifs, soit historiques. Exemple : la vie de l'église au Moyen âge ; une représentation de miracles ou de mystères ; les mœurs médiévales d'après la sculpture et le vitrail ; l'église et les autres édifices publics de la localité : rôle respectif dans le passé et dans le présent.
Lire des pages de Chateaubriand (Le génie du christianisme), Victor Hugo (Notre Dame de Paris), Michelet (Histoire de France), Huysmans (La cathédrale), Paul et Victor Margueritte (Les braves gens), Émile Mâle (L'art religieux en France), etc. 

Madeleine Schnerb

Extraits de Paul et Victor Margueritte, Huysmans et Émile Mâle



p179-180
In L’information historique, n°5 nov-dec 1946.
 

dimanche 11 novembre 2012

Racontons l’histoire des ballons



Avec les petits

Racontons l’histoire des ballons



Un des plus anciens rêves des hommes a été de s'élever dans les airs : une légende grecque raconte l'aventure du célèbre Icare qui, muni d'ailes fixées au corps par de la cire, s'éleva si haut que les rayons du soleil firent fondre cette cire et le présomptueux fut précipité sur la terre ; ce mythe resta pendant longtemps comme le symbole des limites humaines.
Le moyen âge considérait comme une ambition démoniaque de vouloir s'élever au-dessus du sol : les sorcières chevauchaient des balais magiques et disparaissaient, telles des "weird sisters" de "Macbeth" aussi mystérieusement qu'elles étaient venues. Il n'est pas surprenant que Léonard de Vinci, qui chercha anxieusement la solution du problème, apparût comme inspiré par le diable en personne.
D'ailleurs, remarquons-le bien, personne ne songeait à s'élever à l'aide de ballons : on voulait copier les oiseaux, leur emprunter leurs ailes ; mais le manque de vitesse faisait échouer tous les plans. Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'on pensa à construire des appareils plus légers que l'air ; alors la science donnait des encouragements en ce sens, grâce aux premières expériences sur la pesanteur.

Le bateau volant de Laurenço

I- Avant les Montgolfières

Un père jésuite imagina sur le papier une sorte de vaisseau soulevé par des globes de métal, d'où l'air aurait été retiré ; mais il ne trouva pas un procédé pratique pour faire le vide dans ces globes. Un autre, ayant le pressentiment que les différentes couches de l'atmosphère n'ont pas le même poids, eut la candeur d'imaginer qu'une gigantesque arche de Noé, large comme la vigne d'Avignon, dépasserait dans sa partie supérieure la région où se forme la grêle et se souleverait pour ainsi dire d'elle-même.
La première invention sérieuse fut celle d'un moine brésilien, Laurent de Guzmao qui, au début du XVIIIe siècle, exécuta la première tentative publique d’aérostation ; mais il fut poursuivi comme sorcier et ses documents furent brûlés. Par contre, un autre moine, Bartolomeo Laurenço, fit beaucoup de publicité autour d'un vaisseau volant, qui ne prit jamais son vol, tandis qu'en France ou en Angleterre, on continuait des expériences plus ou moins heureuses de voitures à ailes, de cabriolets volants ou autres engins étranges et peu pratiques.

II- Les Montgolfières

 En 1776, on avait découvert l'hydrogène, quatorze fois plus léger que l'air, et que l'on appela d'abord, à cause de sa propriété la plus visible, "air inflammable". Mais les essais pour en gonfler des ballons se révélèrent d'abord infructueux, faute d'enveloppes assez imperméables, et les frères Montgolfier, fabricants de papier à Annonay, se résignèrent à utiliser l'air chaud.
C'est à Annonay, en effet, que le 5 juin 1783, devant toutes les autorités locales, les Montgolfier réussirent à faire monter un ballon, gonflé avec de l’air chaud provenant de la combustion de matières inflammables les plus diverses. Le ballon était naturellement ouvert à la base pour que l'air chaud, relativement léger, y pût pénétrer. Il réussit à rester en l'air dix minutes. Le bruit de cet exploit excita la curiosité des Parisiens qui, impatients, n'attendirent pas l'arrivée des frères Montgolfier pour avoir, eux aussi, leur expérimentation. Au milieu de l'enthousiasme de la foule, massée au Champ de Mars, les frères Robert et leur collaborateur Charles firent envoler un ballon de taffetas gommé qui alla s'affaisser à Gonesse (au nord de Paris), à la grande terreur des paysans ; ceux-ci accueillirent cet engin suspect à coups de fourche.


Cependant les Montgolfier, arrivés à Paris, préparèrent un ballon de 14 mètres de diamètre, en toile de coton grossier solide, peint en bleu et rehaussé d'or, qui s'éleva grâce à la combustion de 80 livres de paille et de 5 livres de laine, emportant une cage, où trois voyageurs prirent place : un mouton, un canard et un coq ; Montgolfier avait catégoriquement refusé à Pilâtre des Rosiers la permission de prendre la place des trois malheureux animaux. Le ballon était perdu d'avance, puisque l'air chaud n'était pas maintenu par un feu continu. Il fallait donc que le feu fût aussi du voyage. Des aéronautes, humains, cette fois, embarquèrent une provision de paille, à bord d'une nacelle, suspendue à un ballon fourni par le fabricant de papier Réveillon ; mais ils préparèrent leur expédition dans le plus grand secret, afin d'éviter la bousculade des badauds : le 21 novembre 1783, cette première "montgolfière" reçut le baptême de l'air ; Pilâtre des Roziers et le marquis d'Arlandes, du haut de la balustrade qui entourait l'orifice du ballon, saluaient la foule en délire, puis s'évertuèrent à brûler leur provision de paille pour entretenir l'air chaud. Après avoir survolé presque tout Paris, ils atterrirent sans autre dommage que la perte de la redingote de Pilâtre qui fut découpée par ses admirateurs.

III- Les aérostats à l'hydrogène

A peine née, la Montgolfière avait déjà un concurrent. Le physicien Charles, pris d'émulation, voulut utiliser l'hydrogène dans des ballons caoutchoutés, à soupape, et chargés de lest pour pouvoir modérer la chute. Un baromètre permettrait de se rendre compte de la hauteur de l'ascension.
Dès le 1er décembre 1783, Charles et Robert s'élevèrent aux Tuileries sous une sphère de soie à bandes rouges et jaunes, dans une nacelle en forme de char antique, et, après un voyage de deux heures et demie, escortés au sol par des cavaliers, terminèrent leur randonnée à Nesles, en Picardie.
Désormais montgolfières et aérostats multiplièrent leurs ascensions : les premières plus rudimentaires à meilleur marché, plus dangereuses tant pour les voyageurs que pour les récoltes qu’elles incendiaient souvent, furent bientôt réservées aux fêtes foraines, tandis que les ballons à hydrogène connaissaient un
succès croissant.


On avait trouvé le moyen de les gonfler à l'aide du gaz d'éclairage, fabriqué dans presque toutes les villes, à partir du milieu du XIXe siècle. On sait le rôle joué par les ballons pendant le siège de Paris ; ils étaient gonflés dans l'ancienne gare d'Orléans. Mais en même temps que ces aérostats rendaient d’inappréciables services, on déplorait de ne pouvoir les diriger. Il est vrai que lorsque le secret de la dirigeabilité fut trouvé, on ne renonça pas au ballon libre : c'est ainsi qu'un Suédois, nommé Andrée, fit en 1897 une expédition polaire, et son livre de bord, extrêmement curieux, ne fut découvert, par un baleinier, que trente-trois ans plus tard, en 1930, dans une île au large du Spitzberg.





IV- Les dirigeables

Cent ans après le premier envol d'une montgolfière, les savants et les techniciens se montraient encore sceptiques sur la possibilité de diriger les ballons. Cependant, les frères Montgolfier eux-mêmes y avaient déjà songé et avaient rêvé d'équiper leur machine avec des rames, ou bien lui donner la forme d'un poisson volant, muni de queue-gouvernail et de nageoires gonflées d'air. Un nommé Blanchard tenta une ascension dirigée, le 2 mars 1784 à Paris, et Guyton de Morveau, une autre à Dijon ; le 25 avril de la même année, le duc de Chartres s'éleva dans une machine à palettes. C'est avec un appareil analogue, mais plus perfectionné, que Dupuy de Lôme, bien plus tard en 1872, tenta de conduire son ballon, en produisant la propulsion à l'aide d'une hélice, mue par un treuil, lui-même actionné par huit hommes embarqués dans une nacelle d'osier.
Tous ces aérostats avaient tenu l'air plus ou moins longtemps, mais n'avaient pas été réellement dirigés. L'application du moteur à vapeur devait pourtant apporter la solution. Sous Louis-Philippe, le docteur Le Berrier l'avait pressenti ; Gifffart, en 1852, avait déjà construit un assez grand dirigeable de forme allongée. Toute la fin du XIX e siècle est marquée par les recherches des Français (les frères Tissandier) ou des Allemands (Wolfert en 1896) pour construire des dirigeables vraiment pratiques.


Avant la première guerre mondiale, deux noms s'imposèrent : en France, Santos-Dumont, venu du Brésil, et qui devait s'illustrer à bord des premiers avions, préconisait la construction de petits dirigeables ; il fit de très nombreuses expériences à partir de 1898 ; en Allemagne le Comte Zeppelin voulait au contraire de gigantesques dirigeables, capables de soulever d'énormes cabines, où salons et couchettes offriraient à de  riches passagers des traversées coûteuses, mais confortables : car le moteur permettait d'envisager des voyages outre-Atlantique et l'on était bien loin du jour où s'envolèrent un mouton, un canard et un coq. Mais si les moyens des hommes devenaient plus grands, les catastrophes devenaient plus spectaculaires : telle fut celle du Hindenburg en 1937. Les avions plus lourds que l'air semblaient devoir l'emporter sur l'aérostat géant.

Madeleine Schnerb


In L’information historique, n°3 mai-juillet 1946.p 99-102